J'ai reçu ce matin un commentaire anonyme qui me rend responsable de ma misère. Certes, j'ai eu tord de venir à Lormes... mais "je ne savais pas quel serait l'avenir de cette région". Comme me l'a dit un morvandiau (un professionnel) : "une région comme çà, çà ne devrait pas exister".
Je réponds au commentaire reçu ce matin.
Vous êtes arrivé à Lormes il y a quelques année avec l'idée qu'il fallait "aider" les habitants de la campagne à devenir "bien", c'est à dire "comme en ville". Pour cela, vous avez eu "l'idée du siècle" : installer un magasin d'iformatique à une époque où l'informatique était encore balbutiante. C'était courageux, mais n'était-ce pas un peu osé ?- Non : Je suis venu vivre à la campagne parce que j'aime la nature avec deux conditions que j'ai rendues publiques :
- avoir du travail
- avoir des liens sociaux (des amis, être accepté)
Comme si cela ne suffisait pas vous avez choisi de vendre et réparer exclusivement des Mac. Je n'ai rien contre les Mac, mais c'était d'évidence un risque supplémentaire. Pourquoi le prendre ? Par idéalisme ? Par naïveté ?- Non, c'était mon ancien métier, je suis passé à Windows, puis actuellement à Linux... mais j'ai de grandes facultés d'adaptations et des expériences dans le tourisme européen et le social par exemple : aucune de mes compétences n'a été exploitée ici. Pourtant, j'ai l'habitude de faire du rentable (mais pas seul).
Vous aimez la ville, pourquoi être venu à la campagne ? Pour "secouer" un peu une populations que vous jugiez trop repliée sur elle-même ? Pour transformer les "gens des champs" en "gens des villes" parce que c'est ce qui "bien" pour vous ? Mais que connaissiez vous aux goûts, aux habitudes, à la vie des gens de la campagne, vous le citadin ?- Faux, je suis venu à la campagne pour les paysages. Le pire des campagnes, c'est la perte de liberté par la mise dans la misère des populations locales.
Vous êtes arrivés dans le Morvan sans préparation, sans savoir ou vous alliez, abandonnant la vie que vous aimiez, vos amis, pour une campagne idéalisée où tout le monde vous attendait à bras ouverts, où il ne pleut pas et où il ne fait pas froid en hiver, où tout le monde il est beau tout le monde il est gentil. Pour cetains la ville c'est Zola, mais, pour vous, la campagne c'était Madame de Sévigné !- oui à 20 % : je suis venu à Lormes avec l'idée de tester la faisabilité durant 6 mois. Tout machait bien pour moi à cause la présence d'un homme politique qui alimentait la région en subventions et en moyens (dépendance). Je n'avais pas prévu un incendie qui au bout d'un an, m'a conduit à me réfugier dans l'achat d'une maison. Et puis, l'économie locale a sombrée... et moi avec.
Alors, pourquoi vous en prendre à vos voisins, à la municipalité, à l'Etat, à l'EDF... Que sais-je... Et maintenant que vous vous êtes planté - tout seul - vous demandez qu'on vous aide à retourner la où vous étiez si bien. Soyez honnête, n'exagérez vous pas un peu ?- Les gens meurent autour de moi (cancer, alcoolime, suicides, blessures..). Oui, j'appelle la société à mon secours. je suis mal, ma vie s'est arrétée. Vous accepteriez de vivre votre mort, vous ? à quoi sert la société, si ce n'est à vous aider et à vous protéger ? Qu'est-ce que cette France de l'enfermement ?
Je ne me plains pas de la population mais d'un système.
Je suis solidaire des gens qui souffrent dans les campagnes. De tous ces gens que la société conduit à sombrer dans la misère en les chassant vers les campagnes.
J'ai pris consciences que les morvandiaux d'aujoud'hui sont les citadins d'hier... ils sont venus par ignorance chercher une vie meilleure.
Ils acceptent leur sort... pas moi. La misère n'est pas une fatalité : çà profite à d'autres.
Curieuse phrase d'un morvandiau à mon arrivée : "Tu viens chercher du calme, eh bien moi, je préfère voir du monde".
js
5 commentaires:
J'ai apprécié la sincérité de votre blog même si j'ai le projet d'aller m'installer en pleine campagne. Je vis en banlieue parisienne depuis 5 ans et j'ai l'impression d'étouffer... Il faut dire que j'ai grandi dans les champs et l'ambiance d'ici ne me correspond pas. Je comprends parfaitement votre ressenti et votre malêtre. Votre situation serait difficile à vivre pour n'importe qui. Je pense que vous devez rapidement entamer des démarches pour fuir. Je ne vois pas vraiment pourquoi vous ne pourriez pas retourner vivre en banlieue, même au RMI. Il y a des logements HLM qui peuvent vous accueillir ou vous pouvez même trouver un studio et la caf prendra en charge une partie du loyer. Pourquoi ne pas faire estimer votre maison et tenter de la vendre sur internet? Et cette histoire de non accès aux soins me paraît surréaliste dans un pays comme le nôtre. N'y a t-il pas des démarches à faire?
Vous êtes désabusé et écoeuré mais continuez à vous battre même si l'administration est stupide, vous êtes intelligent et vous avez le droit au bonheur!
J'apprécie votre blog un brun avant-gardiste et sans doute très réaliste, je pense m'en servir comme appui pour faire des choix conscients.
Accrochez vous monsieur, vous n'êtes pas le seul à vivre cela, accrochez vous en vous souhaitant de meilleurs jours, on ne sait jamais de quoi l'avenir sera fait...
Réponse à la réponse :
Qu’est-ce que « la mise en dépendance des populations » ? Qui est responsable selon vous ? Tout le monde ? Personne ? N’est-ce pas un peu facile de lancer ce genre d’affirmation sans l’expliquer ?
Vous avez l’habitude de faire du rentable ? Il faut croire que non ! Etre « rentable » n’est pas une habitude mais le résultat d’un bon travail.
On ne bâtit pas un avenir sur un homme politique qui « arrose » une région de subventions mais sur un projet viable ! Les subventions, un jour elles s’arrêtent sans crier gare ! Tout le monde le sait sauf vous, semble-t-il.
Vous vous plaignez d’un système, mais ce système existait avant votre arrivée, il n’a pas été créé spécialement pour vous ! Vous renseigner aurait pu vous épargner vos désillusions.
La misère chasse les gens dans les campagnes. Où avez-vous vu cela ? Alors pourquoi y a-t-il autant de bidonvilles autour des villes ? Les Morvandiaux d’aujourd’hui sont les citadins d’hier… Faux ! La plupart des Morvandiaux d’aujourd’hui y sont nés et y ont passé toute leur vie. D’autres après être partis travailler en ville sont revenus pour y vivre leur retraite, s’y trouvent bien et ne souhaiteraient pour rien au monde quitter leur Morvan. Je vous concède qu’ils n’ont pas le souci d’y trouver un travail, mais cela montre que le contexte n’est pas invivable.
Certains peuvent chercher le calme et d’autres vouloir voir du monde. Tout le monde n’est pas sur le même modèle mais on ne peut pas vouloir une chose et son contraire.
Ne comptez pas sur la société que vous accusez de tous vos maux pour vous en sortir mais sur vous-même. Ce qu’il vous faut c’est un projet personnel et réaliste pour vous en sortir. Tout de suite.
Merci de vos commentaires qui me permettent d'éclaircir tous les points de mon enfermenement dans le Morvan.
Je répondrais en détail à toutes vos questions (je complèterais prochainement ce commentaire).
N'importe quel criminel à l'espoir de retrouver sa liberté et sa punition est rarement définitive. La misère l'est souvent. Et il n'est pas nécessaire d'être criminel pour être pauvre.
C'est vrai que j'ai révé 2 jours avant d'ouvrir les yeux... mais je paye à vie ces instants de naïveté.
à bientôt, la suite....
Comme promis, mes réponses sont dans le nouvel article "2009 : l'impression d'arrachement et de solitude fut immédiate" du 12 septembre 2009.
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